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Les Dongs

Pour en savoir plus : un reportage de Yann Layma (photos) et Simon Pradinas (texte)


dong1Il y a encore vingt ans, lorsque Simon Pradinas et Yann Layma se sont rendus chez les Dongs, le chemin était difficile : « Quand, parti de Guilin, le voyageur arrive à la limite des trois provinces (Guangxi, Guizhou et Hunan), la route s'arrête. Une piste mène encore jusqu'au pont sacré de Shenyang. Ensuite, il faut marcher pour gagner les villages, en suivant les sentiers escarpés qui font des boucles autour des rizières millénaires. Disséminés dans ce vaste paysage, d'une extrême harmonie, des hameaux éparpillés dont toutes les maisons sont en bois, couvertes de tuiles en terre cuite »

Nous sommes au Comté Autonome Dong de Sanjiang, à quelques centaines de kilomètres à peine des grandes villes chinoises. Dans ce territoire qui couvre environ 30 000 Kilomètres carrés, vivent plus de trois millions de Dongs, et leur langue, avec ses quinze tons différents (la langue chinoise officielle en possède seulement quatre, plus un ton neutre) passe pour être une des plus compliquées du monde.



dong2Depuis treize siècles, les Dongs ont vécu coupés du monde, dans les montagnes du Sud de la Chine. A perte de vue, les rizières en terrasses et le ciel, qui s'y reflète. Ce pays, on l'appelle « La mer des chansons » parce que les Dongs, n'ayant pas d'écriture, ont développé le chant jusqu'à en faire leur premier moyen d'expression. Depuis des siècles, rien n'a changé, leurs croyances, leurs coutumes, ni leur culte de l'architecture. A l'abri de leurs montagnes, ils ont développé une culture originale, et même si aujourd'hui les routes pénètrent leur pays, ils sont parmi les derniers représentants d'une Chine antique dont ils ont conservé l'art de vivre.

Les Dongs vivent au rythme des saisons, selon l'antique calendrier lunaire. Ils cultivent le riz de montagne, avec des moyens rudimentaires. Un buffle pour tirer la charrue, des outils en bois, et pas de roue : les charges sont toujours portées à l'épaule à la palanche. En plus de leurs rizières, ils ont des potagers, et élèvent des volailles. En autarcie complète, ils faisaient du troc mais la vie moderne, les moyens de communication et le besoin de travail et d'argent, sont en train de chasser cette façon de vivre.


dong3En dehors des travaux des champs, les femmes s'occupent tout au long de l'année à confectionner des vêtements en coton. Il faut habiller toute la famille. Après avoir cueilli le coton, elles le filent sur le rouet et le tissent sur un métier à tisser. Les bandes de tissus sont trempées dans des bacs de teinture pourpre. Au printemps, elles sont accrochées aux balcons des maisons pour sécher. Le costume Dong, une tunique de coton brodé, varie suivant les vallées, les saisons. Mais la coupe est restée toujours la même, depuis la dynastie Han, il y a deux mille ans.

Les dongs sont animistes (avec des notions de Taoïsme et de Confucianisme). Ils vénèrent les esprits : celui des grands arbres, celui qui veille sur la maison ou celui des ponts.

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En effet, pour les Dongs, les ponts ne servent pas seulement à traverser la rivière : un esprit y habite. A Shenyang ou à Ba Xie, le pont en bois fait soixante mètres de long, avec plusieurs pavillons, et est surmonté d'un toit aux allures de pagode. C'est pour, dit-on, honorer « l'Esprit de la pluie et du vent ». Une coutume consiste à accrocher sous le toit des papiers colorés, contenant chacun un souhait. Car le pont exauce aussi les vœux...



Tdong5outes aussi surprenantes, les 'Tours du Tambour', situées au centre des villages, avec leurs toits multiples et décorés. Les bâtisseurs qui construisent ces tours et ces ponts vont de village en village. Considérés comme des sorciers, ils ont appris sur des tables en bambou, réservés aux seuls initiés, les principes sacrés de leur construction : les poutres et les planches doivent être assemblées avec des chevilles, sans clou ni lien, ni ciment ni pierre.
La tour du Tambour est aussi le centre du village, le lieu de réunion idéal, où l'on parle le soir de la bonne récolte à venir, en fumant près d'un feu, où les enfants se précipitent pour écouter les conteurs, où les jeunes filles chantent avec des voix haut perchées des polyphonies légendaires.


dong6Les chefs traditionnels d'un village y siègent. Leur principale activité : organiser les fêtes rituelles. Lorsqu'il faut réunir toute la population, un homme du 'conseil des anciens', qui n'a pas le vertige, doit monter tout en haut de la tour. Là, il tape sur le grand tambour qui résonne dans les ruelles.
L'existence assez austère des Dongs s'égaye grâce à leurs nombreuses fêtes. Ils y cultivent un art sans égal de la mise en scène, en défilant dans des costumes d'apparat, en file indienne sur les sentiers, brandissant des bannières rouges, et jouant de leur musique favorite : le Lusheng (orgue à bouche). Presqu'une danse : il faut y souffler de toute ses forces, en le balançant de droite et de gauche.


Au moment des moissons, le quinzième jour du huitième mois lunaire, (en octobre) les Dongs organisent des combats spectaculaires de buffles. Chaque 'buffle-roi', élevé spécialement pour combattre, représente un village. Il est orné de colliers de grelots, de plumes de faisans et recouvert d'une couverture rouge. Il parade ainsi, devant des milliers de spectateurs. Les plus enthousiastes l'encouragent avec de véritables cris de guerre, sautent, dansent, et allument des guirlandes de pétards.

dong7Les buffles, dopés d'un peu d'alcool, se précipitent l'un vers l'autre, cornes en avant. Quand un buffle se sent perdre, il prend la fuite et n'est que rarement tué. Le village vainqueur s'empare des bannières des vaincus et part festoyer.
L'origine de ces combats spectaculaires, d'après les Dongs, remonte au temps où deux amoureux qui n'auraient pas dû s'aimer, laissèrent sans surveillance leurs buffles. Livrés à eux même, les buffles se battent et saccagent plusieurs rizières. Alerté, le chef du village bannit les amoureux et ordonne de replanter le riz. Or, l'année suivante, la récolte de riz est dix fois meilleure. C'est ainsi, grâce à ces buffles et aux amoureux, que les Dongs découvrirent la technique du repiquage du riz.


dong8Les années fastes, il n'est pas rare de voir cent mariages se célébrer dans la vallée le même jour. Toujours au nouvel an, jamais pendant le reste de l'année. Le mariage chez les Dongs, obéit à des règles strictes. En général, on se marie entre cousins, de clans différents. Une fois le mariage célébré, les jeunes époux (âgés de seize ou dix-sept ans) retournent vivre dans leur famille respective. Avant de pouvoir vivre ensemble, ils devront attendre sept ans ! Ils ne se verront qu'à l'occasion des fêtes rituelles. Alors, ils devront se chanter des chansons d'amour.
Les chants ont un pouvoir magique. Ils portent en eux les mythes et toute l'histoire des Dongs. Ils accompagnent la vie de tous les jours, les travaux des champs, les veillées. Il existe des chants pour célébrer les rencontres, des chants pour exprimer les politesses et d'autres pour les adieux.

dong9Quand les enfants sont encore petits et que leur mère marche sur un sentier, en les transportant dans les paniers suspendus à sa palanche, elle ne manque pas de leur chanter leurs premières comptines. Par la suite, à chaque âge ses chansons. Quand l'âge adulte arrive, ils apprennent à improviser, a chanter l'opéra Dong. Grâce au chant, dans chaque village, il y a un petit théâtre. L'hiver, les jeunes y forment une troupe pour monter un opéra. Ensuite ils partent un mois ou deux, comme des comédiens itinérants, pour le jouer dans les autres villages. Le printemps revenu, ils reprendront leur travail dans les rizières.
Depuis treize siècles, les Dongs chantent leur vie. Un de leurs proverbes ne dit-il pas :'
Ici, seuls les muets ne savent pas chanter ?'




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Contact pour les photos: © Yann Layma www.yannlayma.com

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